Succession sans testament en France : qui hérite et dans quel ordre ?
Succession sans testament en France : qui hérite et dans quel ordre ?
La très grande majorité des successions en France s'ouvrent sans testament. Soit le défunt n'en avait pas rédigé, soit il ignorait l'existence du Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés, soit le testament n'a pas été retrouvé. Dans tous ces cas, la loi prend le relai : ce sont les règles de la dévolution légale ab intestat du Code civil qui déterminent qui hérite et dans quelle proportion.
Première étape : vérifier l'existence d'un testament
Avant de supposer qu'il n'existe pas de testament, il faut en avoir la certitude. Un testament peut avoir été rédigé des années auparavant et jamais mentionné à la famille.
Le Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (FCDDV), géré par l'Association pour le Développement du Service Notarial (ADSN), centralise les testaments enregistrés par les notaires français. Son interrogation coûte 12,88 € TTC et peut être effectuée en ligne ou par courrier. Le résultat est disponible sous 3 à 5 jours.
Un testament olographe (écrit à la main par le testateur) peut ne pas avoir été enregistré au FCDDV s'il était conservé personnellement. Dans ce cas, fouiller les archives personnelles du défunt (classeurs, coffre-fort) reste indispensable.
L'ordre des héritiers légaux en l'absence de testament
Le Code civil organise les héritiers en quatre ordres, par ordre de priorité décroissante. Les héritiers du premier ordre excluent ceux du deuxième, et ainsi de suite.
Premier ordre : les descendants
Les enfants du défunt héritent en premier. Si l'un des enfants est décédé avant le défunt, ses propres enfants (petits-enfants du défunt) le représentent et recueillent sa part.
Chaque enfant hérite d'une part égale. Avec deux enfants, chacun reçoit 1/2. Avec trois enfants, chacun reçoit 1/3. Et ainsi de suite.
Les enfants naturels (nés hors mariage) héritent exactement de la même façon que les enfants légitimes depuis la réforme de 2001. L'ordre de naissance et le statut matrimonial des parents n'ont aucune incidence sur les droits successoraux.
Deuxième ordre : les ascendants privilégiés et les collatéraux privilégiés
Si le défunt n'a pas de descendants (ou s'ils ont tous renoncé), la succession passe au deuxième ordre. Il comprend :
- Les parents du défunt (père et mère)
- Les frères et sœurs du défunt et leurs descendants (en représentation)
Si les deux parents sont en vie, ils reçoivent ensemble la moitié de la succession. Les frères et sœurs se partagent l'autre moitié. Si un seul parent est en vie, il reçoit un quart. Des règles complexes d'ajustement s'appliquent selon les configurations familiales.
Troisième ordre : les ascendants ordinaires
En l'absence d'héritiers du premier et du deuxième ordre, la succession revient aux autres ascendants du défunt : grands-parents, arrière-grands-parents. La ligne paternelle et la ligne maternelle se partagent chacune la moitié de la succession.
Quatrième ordre : les collatéraux ordinaires
En dernier recours, oncles, tantes, cousins et autres collatéraux jusqu'au 6e degré peuvent hériter. Au-delà du 6e degré de parenté, les collatéraux n'ont plus de vocation successorale.
En l'absence de tout héritier
Si aucun héritier légal n'existe ou si tous ont renoncé, la succession revient à l'État, qui en recueille le produit via la procédure de déshérence (les biens sont liquidés par l'Administration des domaines).
La place particulière du conjoint survivant
Le conjoint marié ne s'insère pas dans les quatre ordres de façon simple. Ses droits dépendent de la situation familiale du défunt.
En présence d'enfants communs : le conjoint survivant choisit entre l'usufruit de la totalité des biens ou la pleine propriété d'un quart (1/4).
En présence d'enfants non communs : le conjoint reçoit obligatoirement le quart en pleine propriété.
En l'absence de tout descendant, mais avec des parents du défunt : le conjoint reçoit la moitié ou les trois quarts selon que les deux parents ou un seul parent sont encore en vie.
En l'absence de tout héritier du premier et du deuxième ordre : le conjoint hérite de la totalité de la succession.
Rappel important : le partenaire de PACS n'hérite de rien en l'absence de testament. Le concubin non plus. Ces situations nécessitent impérativement un testament pour protéger le partenaire survivant.
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Comment se passe la succession légale en pratique ?
Une fois confirmée l'absence de testament, le règlement de la succession suit le même parcours que pour toute succession :
1. Interrogation du FCDDV pour confirmer l'absence de testament enregistré.
2. Mandater un notaire si la succession comprend un bien immobilier, ou que l'actif dépasse 5 965 €, ou que la valeur de la succession dépasse ce seuil en liquidités. Il établit l'acte de notoriété (56,60 € HT), qui identifie officiellement les héritiers.
3. Exercer l'option successorale : chaque héritier doit décider d'accepter, d'accepter à concurrence de l'actif net, ou de renoncer.
4. Déposer la déclaration de succession dans les 6 mois suivant le décès, avec paiement des droits éventuels.
Ce que la loi ne peut pas faire
La dévolution légale distribue les biens entre héritiers, mais ne règle pas la question du partage concret des objets, du mobilier, des souvenirs de famille. C'est souvent ici que les tensions intrafamiliales surgissent : qui hérite du piano, des bijoux, des photos ?
La loi impose le consentement de tous les héritiers pour tout acte de disposition sur les biens en indivision. Un seul héritier peut bloquer la vente d'un bien immobilier, par exemple. En cas de désaccord persistant, les héritiers peuvent demander une licitation (vente judiciaire) ou une médiation successorale.
La succession légale sans testament est réglée par un cadre précis, mais son application concrète requiert méthode et rigueur. Pour les formulaires, les délais et les démarches pas à pas, le Guide de la Succession et du Règlement de l'Héritage en France offre une feuille de route actionnable dès les premières heures.
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