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Succession Numérique en France : Comptes en Ligne et Mots de Passe après un Décès

Ce que la loi française prévoit (et ce qu'elle ne prévoit pas)

La Loi pour une République Numérique du 7 octobre 2016 a introduit le concept de « mort numérique » dans le droit français. Son article 63 permet à toute personne de formuler, de son vivant, des directives relatives à la conservation, l'effacement ou la communication de ses données personnelles après son décès.

Ces directives numériques sont distinctes des directives anticipées médicales. Les directives générales peuvent être confiées à un tiers désigné à cet effet ; les directives particulières peuvent être adressées directement à chaque plateforme (Google, Facebook, Apple…) via leurs mécanismes propres.

En l'absence de directives, les héritiers peuvent demander la clôture des comptes du défunt et l'effacement de ses données. Mais — et c'est le point crucial — ils ne peuvent pas obtenir les mots de passe ni accéder au contenu des comptes. Le secret des correspondances s'applique même après la mort.

Le problème concret : accéder aux comptes sans mots de passe

Dans la pratique, la mort numérique se résume souvent à une impasse technique. Les grandes plateformes ont chacune leur procédure, et aucune n'est simple.

Google propose un « Gestionnaire de compte inactif » : l'utilisateur définit à l'avance ce qui se passe après une période d'inactivité (3, 6, 12 ou 18 mois). Les héritiers peuvent aussi demander la fermeture du compte via un formulaire en ligne, en fournissant le certificat de décès et une pièce d'identité.

Facebook/Meta permet de transformer le profil en « compte de commémoration » sur demande d'un proche (avec acte de décès). Un « contact légataire » peut être désigné à l'avance pour gérer le profil commémoratif — mais il ne peut pas lire les messages privés.

Apple (Digital Legacy) permet de désigner un « contact légataire » qui pourra accéder à la plupart des données du compte après le décès, sauf les mots de passe stockés dans le trousseau et les contenus sous licence (musique, films achetés).

La réalité, c'est que sans anticipation, les familles se heurtent à des semaines de démarches — formulaires en anglais, délais de traitement, refus de communication du contenu — au moment où elles sont le moins disponibles pour cela.

Les abonnements : une hémorragie financière silencieuse

Les prélèvements automatiques ne s'arrêtent pas au décès. Streaming (Netflix, Spotify, Canal+), cloud (iCloud, Google One), licences logicielles, applications mobiles, sites de presse, plateformes de formation en ligne — chaque abonnement continue de prélever la carte bancaire ou le compte du défunt tant qu'il n'est pas explicitement résilié.

Le gel des comptes bancaires met fin aux prélèvements sur les comptes individuels, mais pas à ceux rattachés à une carte de crédit encore active ou à un compte joint. Et certains fournisseurs — télécoms, énergie — continuent de facturer et d'accumuler des arriérés tant que le contrat n'est pas formellement résilié par les héritiers, avec un acte de décès à l'appui.

La résiliation doit être faite individuellement auprès de chaque fournisseur. Il n'existe pas de guichet unique en France pour cette démarche (contrairement à certains pays nordiques). Le nombre moyen de comptes à fermer est estimé entre 20 et 40 par personne.

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FICOBA : retrouver les comptes bancaires oubliés

Le Fichier National des Comptes Bancaires et Assimilés (FICOBA), géré par l'administration fiscale, recense tous les comptes ouverts en France. Le notaire en charge de la succession l'interroge systématiquement pour s'assurer qu'aucun compte n'échappe à l'inventaire successoral.

FICOBA ne couvre pas les comptes numériques hors du système bancaire : portefeuilles de crypto-monnaies, comptes PayPal, soldes de crédits sur des plateformes de jeu. Pour ces actifs, c'est l'inventaire préparé de son vivant qui fait la différence entre une transmission organisée et des fonds définitivement perdus.

Comment s'organiser de son vivant

Trois mesures concrètes réduisent considérablement la charge qui pèsera sur vos proches :

Constituer un inventaire numérique. Listez tous vos comptes en ligne — bancaires, sociaux, commerciaux, professionnels — avec les identifiants (mais pas les mots de passe en clair). Conservez cette liste dans un gestionnaire de mots de passe dont le mot de passe maître est confié à une personne de confiance, ou dans un coffre-fort numérique accessible par vos héritiers.

Activer les mécanismes de legs numériques sur les grandes plateformes : Gestionnaire de compte inactif Google, contact légataire Apple, contact légataire Facebook.

Rédiger des directives numériques explicites — même un document manuscrit annexé à votre testament vaut mieux que le silence. Précisez ce que vous souhaitez pour vos comptes : suppression, archivage par un proche, commémoration sur les réseaux sociaux.

La gestion des actifs numériques après un décès est l'un des aspects les plus négligés de la planification de fin de vie, et aussi l'un des plus chronophages pour les familles. Le Guide de Planification de Fin de Vie pour la France inclut un inventaire numérique structuré et les procédures de clôture pour les principales plateformes.

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